L’important c’est pas la chute…

Le principe d’équivalence, pierre angulaire de la théorie de la Relativité générale d’Einstein vient d’être testé et validé avec une précision inégalée.

Le satellite MICROSCOPE du CNES a démontré avec une précision de l’ordre de 10 puissance -14 (13 zéros après la virgule), que les corps tombent dans le vide avec la même accélération, quelle que soit leur masse, confirmant par là-même l’expérience de Galilée il y a 500 ans et la théorie centenaire d’Einstein. So Badass ! 😎

L’expérience a consisté à faire tomber deux masses (400g de platine et 300 g de titane, cf. photo) et de mesurer d’éventuels écarts de vitesse. Et plutôt que de les faire tomber de la Tour de Pise, pour les faire tomber vraiment très longtemps, on les a « jetées par terre tout en ratant le sol« ,  comme le précisait Douglas Adams... Bref, on les a mises en orbite à 700km de la terre.

On confirme donc que la gravitation n’est pas une force qui s’exerce depuis un objet vers un autre, mais une déformation de la structure même de l’espace-temps.

Honnêtement, on n’est jamais vraiment serein à l’idée de tester à nouveau une telle théorie fondamentale… La relativité générale fonctionne très bien mais elle ne constitue pas aujourd’hui une théorie définitive puisqu’elle n’intègre pas les lois de la mécanique quantique, qui elles aussi fonctionnent très bien. On cherche toujours le cadre commun aux quatre interactions fondamentales. Et si le moindre écart avait été détecté, il aurait fallu tout revoir, tout repenser. Mais c’est ça la méthode scientifique : même quand on est certains, et parce que l’on souhaite toujours progresser, on teste en permanence, pour confirmer… ou infirmer, sans craindre de balayer instantanément des siècles de croyances.

Communiqué de presse du CNRS : http://www.insu.cnrs.fr/node/7918

Au milieu des médiocres et pathétiques actualités, entre un prince qui se marie et un chanteur alcoolique en fin de vie, voilà une information vraiment intéressante pour l’humanité 🙄 😈

Une approche scientifique du paranormal

Carrie Poppy est journaliste d’investigation. Elle anime le podcast « Oh No, Ross and Carrie » dans lequel elle étudie les les allégations relatives au paranormal et à la spiritualité, en leur accordant toujours le bénéfice du doute.

Elle infiltre des groupes de pseudo-sciences pour enquêter sur leurs pratiques et vérifier la probité des mystères annoncés. Elle va par exemple volontairement se faire exorciser pour vérifier si l’exorciste a recours à des stratagèmes psychologiques pour tenter de la convaincre qu’elle est possédée.

Son approche vis à vis des croyances d’autrui est très respectueuse, et son analyse des vérités extérieures et vérités intérieures est empreinte de compassion.

A ce jour, après plus de 70 enquêtes, même avec la plus grande bienveillance et l’envie farouche de constater un véritable phénomène inexpliqué, le constat est rude pour le paranormal… Car même derrière la plus grande des sincérités, les croyances restent des palliatifs que nous utilisons pour expliquer l’inexplicable. On n’y croit pas sur base de preuves. On y croit précisément parce que nous n’avons pas de preuve.

Je vous invite à écouter son TEDx enregistré à Vienne l’année dernière :

 

Blockchain et finance : je t’aime… moi non plus

En octobre 2017, j’ai répondu aux questions du journal Agefi Luxembourg (actualité financière, économique et européenne) sur un sujet qui m’intéresse fortement : la Blockchain. Cet article a ensuite été relayé par onepoint, et je le place ici pour archive.

Longtemps le secteur financier a considéré avec défiance la technologie Blockchain. Il entrevoit aujourd’hui de réelles opportunités grâce à cette technologie. Quel est votre avis ? 

Il est important de replacer la Blockchain dans le contexte historique de sa création afin de comprendre les enjeux auxquels elle a tenté de répondre.

Il y a 10 ans débutait la « grande récession », la crise financière amorcée par les subprimes a créé une méfiance envers les titres de créances et plus généralement envers les institutions financières. C’est ce que Satoshi Nakamoto a tenté de résoudre en 2008, répondant ainsi au besoin d’une monnaie hors de l’emprise des banques et des gouvernements.

« Le problème de fond avec les devises classiques réside dans la confiance nécessaire pour les faire fonctionner. La Banque Centrale doit s’engager à ne pas déprécier la devise, et pourtant l’histoire des devises fiduciaires est emplie de contre-exemples à l’encontre de cet engagement. Les banques doivent s’engager à détenir notre argent et à le transférer électroniquement, mais elles le prêtent dans des vagues de bulles de crédit avec à peine une fraction du montant en réserve. Nous devons leur faire confiance quant à notre vie privée, de crainte que des voleurs d’identités ne vident nos comptes » expliquant en 2009 Satoshi Nakamoto.

En créant le Bitcoin, son postulat était clairement assumé :

« Une version purement pair-à-pair d’argent électronique permettrait des paiements en ligne, envoyés directement d’une personne à l’autre, sans avoir à passer par une institution financière. » Bitcoin Whitepaper, 2008.

Une devise mondiale, échangeable de gré à gré, sans intermédiaire de confiance permettant d’assurer les mêmes garanties que les banques.

Naturellement, cette méfiance fut réciproque, et c’est non sans une certaine incrédulité que le secteur financier regarda naître cette crypto-devise et ses concepts sous-jacents. Comment considérer autrement un outsider prétendant vous remplacer en renversant les fondations même de votre business model ? Les banques ne se voyaient pas substituées du jour au lendemain par des concepts algorithmiques et mathématiques, aussi puissants fussent-ils. Elles avaient survécu à l’émergence des banques en ligne. Et si cette Blockchain venait à confirmer ses prétentions ?  Elles pourraient toujours adopter une stratégie équivalente en rachetant les principaux acteurs du marché.

Et puis plus rien… outre la spéculation croissante autour du Bitcoin, qui atteignit sa parité avec le dollar en 2011, il fallut attendre 7 ans avant de voir bouger les pièces maîtresses de l’échiquier.

En 2015, on ne parlait alors plus de « la Blockchain » et du Bitcoin mais bien « Des Blockchains » agrémentées de nouveaux services bien plus prometteurs qu’une simple devise virtuelle. Ethereum était né et offrait via ses Smart Contracts de réelles opportunités au travers de cas d’usage concrets : ce code immutable distribué permettait de dématérialiser et de certifier de nombreux aspects de la chaîne des métiers bancaires : trading, règlement (on parle du remplacement de SWIFT par Ripple), dépôt de titres infalsifiables, bases de registres KYC partagées, lutte contre le blanchiment de capitaux, etc.

La défiance était passée. Il convenait à présent aux acteurs de la finance de prendre le train déjà lancé qui pourrait finalement apporter de belles opportunités au secteur. Afin de ne pas avancer seuls, des consortiums furent créés. Il était nécessaire d’être présent et visible en lançant des initiatives. Cependant, rapidement, la communauté des crypto-devises comprit que, bien que fondées sur les concepts de la Blockchain, ses ambitions étaient empreintes d’une certaine réserve. Il devenait nécessaire pour les banques de s’approprier la Blockchain pour en faire un avantage.

A ce titre, le Consortium R3, fondé en 2015 et qui compte aujourd’hui plus de 100 institutions financières du monde entier, a présenté en 2016 sa réinterprétation de la Blockchain : « Corda »,  une plateforme visant à faciliter les accords financiers entre les institutions, avec un postulat rejetant formellement cette parenté : « Nous ne construisons pas une Blockchain. (…) Nous rejetons la notion selon laquelle toutes les données devraient être partagées entre tous les participants. » expliquait Richard Gendal Brown en 2016, créant ainsi la confusion sur la volonté réelle du secteur de s’engager dans ce domaine.

Avec un Bitcoin dépassant les 4000 euros en juillet dernier, 2017 est l’année où les premiers grands acteurs affichent clairement leur position non seulement vis-à-vis des Smart Contracts, mais aussi plus simplement vis-à-vis du Bitcoin et de la spéculation attenante. Par exemple, Goldman Sachs vient d’annoncer la possibilité imminente de traiter des Bitcoins et autres crypto-monnaies comme n’importe quelle autre devise. A contrario, Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase, y voit une escroquerie et prédit leur implosion.

Force est de constater que le secteur financier a maintenant admis que les Blockchains ont un bel avenir en perspective, et qu’il devient nécessaire de les intégrer pour développer et proposer des services autour de cette offre. Certains acteurs sont plus avancés que d’autres, mais entre ceux encore à la recherche de cas d’usage et ceux ayant déjà validé de nombreuses preuves de concept, les véritables sujets en production sont encore rares. Les sollicitations croissantes portent à croire que les premiers projets en production dans le secteur financier arriveront début 2018.


Comment la Blockchain change-t-elle nos façons de travailler ?

Aujourd’hui la Blockchain n’a encore rien révolutionné dans notre quotidien. Les acteurs du marché – qu’ils soient de l’IT ou de la Finance – en sont encore à la mise en œuvre. Et pourtant, nous sommes certainement face à une révolution équivalente à l’apparition d’Internet il y a 30 ans. Tout comme internet à l’époque, la démocratisation de la Blockchain prendra du temps. C’est un outil fabuleux dont il va falloir appréhender le fonctionnement et les opportunités.

La Blockchain est avant tout un protocole d’échange, et à ce titre son implémentation dans les systèmes d’information devrait être transparente pour les utilisateurs et les clients. La sécurisation des transactions par exemple n’est pas un concept nouveau.

En revanche, il faudra que chacun reste attentif sur les questions de vie privée, car la Blockchain est avant tout un registre public. Les transactions effectuées et les informations stockées peuvent être lues et retracées par tous. On imagine bien les conflits potentiels qui pourraient naître des exigences de la RGPD ou du droit à l’oubli numérique par exemple.

A moyen terme, l’impact sur nos modes de travail pourrait être la remise en question totale de certaines activités professionnelles : quid des métiers reposant exclusivement sur la certification ou le dépôt de confiance ? On pense naturellement aux notaires mais certains services bancaires comme les dépôts de titres ne sont pas à l’abri ! La transformation digitale devra comme souvent être accompagnée d’une transformation RH.

Zététique

J’ai envie de vous parler d’un mot rigolo : la zététique.

Définie comme « l’art du doute », la zététique est présentée comme « l’étude rationnelle des phénomènes présentés comme paranormaux, des pseudosciences et des thérapies étranges ». Cette discipline existe depuis 2000 ans et promeut l’approche méthodologique scientifique pour faire la part entre la science et les pseudo sciences.

Cette recherche de vérité scientifique s’effectue par une méthode de sélection des idées et des modèles intellectuels qui décrivent le réel, le tout étant de faire le tri et d’évincer tout ce qui essaie de singer l’autorité de la science (une blouse blanche, ça fait toujours crédible…) sans la méthode sur le fond.

La science est humble et confesse qu’elle ne possède pas de vérité pérenne. En revanche, elle est auto-corrective. La vérité est une erreur rectifiée, et se démarque en ce sens de la croyance qui reste fondamentalement immuable. Les pseudo sciences profitent de ce doute et proposent de gérer les zones d’ombres pour lesquelles la science moderne n’a pas de certitude.

« La seule vérité sacrée est qu’il n’y a pas de vérité sacrée : toutes les affirmations doivent être examinées avec un esprit critique ; les arguments d’autorité sont sans valeur ; tout ce qui ne correspond pas aux faits doit être rejeté ou révisé. La science n’est pas parfaite. Elle est souvent mal utilisée. C’est seulement un outil, mais c’est le meilleur outil que nous ayons. » (Carl Sagan)

Pourquoi ces pseudo sciences se répandent si facilement ?

Tout d’abord parce que le raisonnement scientifique n’est pas naturel chez l’homme, et les théories qui en découlent sont parfois même totalement contre-intuitives, ce qui n’aide pas à leur accorder le crédit qui leur est dû. Bien souvent, les lois de la physique contredisent même toutes les observations :

  • « les corps chutent à la même vitesse, quelle que soit leur masse »… force est de constater que ce n’est pas vrai : une boule de bowling tombe plus vite qu’une plume (EDIT: j’ai changé l’exemple, qui n’était pas des plus explicites)… Cela s’explique certes facilement (les frottements de l’air qui sont inversement proportionnels à la masse volumique), mais pour qui ne cherche pas à comprendre, il est plus facile de réfuter la théorie scientifique, voire d’invoquer une force surnaturelle qui retiendrait le ballon de foot.
  • « La terre tourne autour du soleil »… honnêtement, une simple observation nous montre le contraire puisque c’est apparemment le soleil qui fait le tour. Ce qui fait peur c’est que, encore aujourd’hui, 30% des européens en sont convaincus !

Et si cela ne suffisait pas, les biais cognitifs nous enseignent que notre cerveau va plus facilement se réfugier derrière une justification irrationnelle plutôt que de remettre en question ses croyances et chercher à comprendre. Saleté de cerveau, on ne peut avoir confiance en personne…

Les pseudo sciences profitent de ces doutes et alimentent une défiance envers les sciences. Rien que le vocabulaire employé sème la confusion : les mots sont judicieusement choisis pour induire en erreur : elles parlent de « médecine douce », en opposition à la médecine scientifique qui serait de fait dure et néfaste.

Internet a grandement contribué à la diffusion large de ces croyances, et l’on sait que la  libre concurrence des idées ne favorise pas toujours les approches les plus méthodiques. Et même quand des sujets ont déjà été réfutés depuis longtemps, les informations fallacieuses reviennent et abondent plus que jamais. Car les acteurs des pseudo-sciences ont vraisemblablement du temps libre et saturent l’espace d’expression, alimentant la confusion entre visibilité et représentativité. Et malheureusement, cette énergie n’a pas le même écho chez les scientifiques qui ne prennent pas assez le temps de réfuter, d’expliquer, de vulgariser. Il y en a de plus plus, c’est bien, mais il en faut encore plus, car corriger une erreur apparaît aussi important que de faire une nouvelle découverte.

A qui profite le crime ?

La science est testable et réfutable. Ceci dit, les pseudo-sciences le sont aussi. D’ailleurs, homéopathie, sophrologie, ostéopathie, astrologie, et voyance ont depuis longtemps été testées… et réfutées !

De 1987 à 2002 fut ouvert le « défi de la zététique : Vous prétendez avoir des pouvoirs… prouvez-le !« , avec comme récompense 200 000 euros pour qui parviendrait à prouver un phénomène paranormal.

264 candidatures, parmi lesquelles « Je peux détecter les billets de loterie gagnants, sans pendule« , « Je peux dialoguer avec l’au-delà via livres, télévisions, radios, télépathie acquise suite à une sortie hors du corps…« , « Je suis capable d’assurer la prévention des accidents d’avion par l’astrologie« , « Je peux lire dans le marc de café le passé, le présent et le futur d’une personne« , … bref, <spoiler> aucun candidat n’a jamais pu apporter de preuve.

264 échecs, mais finalement assez peu d’escrocs furent recensés. La plupart du temps, ceux qui croient dans les pseudo-sciences sont de bonne foi. Ils ont leurs raisons, même si elles sont subjectives et fausses. Malheureusement, même une croyance naïve peut devenir pernicieuse lorsque les acteurs de ces pseudo-sciences commencent à discréditer la médecine moderne et mettent ainsi en danger ceux qui les écoutent. La dernière mode ce sont les anti-vaccins, récemment portés par Isabelle Adjani. Non seulement leurs arguments sont tous faux, scientifiquement réfutés, mais ils  bénéficient d’une acceptation inquiétante puisque aujourd’hui 41% des Français se méfient des vaccins. Pauvre Pasteur…

Retour au moyen-âge ?

Alors comment faut-il réagir ? Laisser dire et accorder un libre champ à la « démocratie des crédules » ? Surtout pas. Selon moi, l’éducation est la clé. Il faut initier les jeunes le plus tôt possible à la pensée méthodique et à l’esprit critique, leur donner les armes intellectuelles pour douter et ne pas accepter les arguments d’autorité.

« Rising prophecies, assuring, frightening, comforting
A truth seems to rise from inevitable signs
Or do we see signs where we want to see them ? »
(The Aching Beauty – The Hundredth Name)

Anagrammes

J’ai toujours aimé les anagrammes. Est-ce l’émission de Daniel Prévost ou simplement la beauté du jeu littéraire qui m’a attiré ? Son caractère pseudo-ésotérique, sa dimension cryptique ? Je suis en admiration devant la capacité de certains à créer, découvrir ces permutations, dont le sens caché , une fois révélé, présente en écho une perspective parfois troublante.

Étienne Klein et Jacques Perry-Salkow figurent parmi les maîtres actuels de cette discipline, et voici quelques unes de leurs plus belles découvertes :

La nuit des étoiles filantes = lointain satellite de feu
La solidarité = droit à l’asile
Le sectarisme = c’est la misère
Le front national = l’entonnoir fatal
Le réchauffement climatique = ce fuel qui tâche le firmament
L’état islamique = qui attise le mal
Le travail, la famille, la patrie = la villa, le mari parfait, la télé
De la démocratie = art de la comédie
La liberté de la presse = la prière et les balles
La propriété, source de l’inégalité = origine de la prospérité actuelle
De l’idée du libre arbitre = la bride terrible de Dieu
Le journal du séducteur = jeu cruel d’un sale tordu
Les ondes gravitationnelles = le vent d’orages lointains
La fin du monde est pour demain = arôme fou d’un matin splendide
Et la mort n’est rien pour nous = empruntons la route et rions

Mes Tragédies

“Fight every battle everywhere, always, in your mind. Everyone is your enemy, everyone is your friend. Every possible series of events is happening all at once. Live that way and nothing will surprise you. Everything that happens will be something that you’ve seen before.”

Petyr Baelish « Littlefinger »

Faites sortir vos proches de Facebook

Texte librement inspiré de l’article de Salim Virani.

« Au fait, je voulais te demander : pourquoi tu n’es plus sur Facebook ? » le genre de question que l’on pose, en sachant intérieurement que Facebook c’est mal, mais sans vraiment vouloir savoir à quel point c’est mal. 

J’ai été très fan de Facebook – l’un des premiers utilisateurs parmi mes amis en 2007, convaincu que c’était un excellent moyen de rester en contact. Étant « ingénieur informaticien » , je comprends techniquement tout ce qu’implique Facebook, mais jusqu’à présent, ça ne m’inquiétait pas plus que ça. Quand j’ai voulu quitter Facebook il y a quelques années, c’était plus par conviction plus que par crainte, puis j’étais revenu… et aujourd’hui je crois qu’il faut vraiment partir !

A la base, il y a les fameux problèmes dont j’avais déjà parlé () à propos des droits abusifs de leur application, mais à la limite on pourrait presque leur trouver des explications techniques rationnelles…

En revanche, à la lecture des dernières CGU et des pratiques qui en découlent, certains points sont autrement plus inquiétants… Facebook a toujours été considéré comme « légèrement pire que tous les autres » dans sa gestion de notre vie privée, mais là ils ont éclaté les scores ! En sortir devient nécessaire, pour vous, mais aussi pour vos proches.

Une petite liste de certaines pratiques de Facebook

Outre ce que Facebook annonce sur ce qu’ils font de vous et vos données, il demeure tout ce qu’ils ne vous disent pas, et qu’ils font de toute façon par le biais des failles qu’ils se sont créées dans leurs CGU, Et même pas besoin de votre acceptation, puisqu’ils considèrent qu’en restant sur Facebook vous en acceptez implicitement toutes les modifications de CGU ! Pratique…

Facebook n’accorde aucun caractère privé à vos données, peu importe le temps que vous passerez à verrouiller vos paramètres de confidentialité : ce sont des leurres.

Les violations de vie privée sont graves et nombreuses :

« Je n’ai rien à cacher »

Pourtant, beaucoup de gens ne semblent pas inquiets à ce sujet, sous prétexte qu’ils n’ont rien à cacher.

L’ un des problèmes les plus évidents ici est lié aux compagnies d’assurance et aux données qu’elles collectent sur vous afin de prédire votre avenir. Aimeriez-vous qu’on vous refuse une assurance santé sous prétexte qu’un algorithme leur ait annoncé que vous avez consulté un cardiologue ? Dans le même ordre d’idée, souhaitez-vous que votre patron soit au courant que passez des entretiens ailleurs ? Et si votre futur employeur savait que vous êtes peut-être enceinte ? Que diriez-vous si, dans le cadre d’une transaction immobilière, les acheteurs ou vendeurs savaient que vous avez des difficultés à rembourser votre prêt actuel ?

Ne confondez pas vie privée et secrets. Je sais bien ce que vous faites dans la salle de bain, mais vous fermez néanmoins la porte. C’est parce que vous voulez de l’intimité, pas pour dissimuler un secret. (Extrait de I have nothing to hide. Why should I care about my privacy?)

Et pourtant, nous avons renoncé à ce droit à la vie privé :
extrait des CGU : https://www.facebook.com/terms

Lorsque vous publiez du contenu ou des informations avec le paramètre Public, cela signifie que vous permettez à tout le monde, y compris aux personnes qui n’utilisent pas Facebook, d’accéder à ces informations et de les utiliser, mais aussi de les associer à vous (c’est-à-dire votre nom et votre photo de profil).

Par « informations », nous entendons les faits et autres informations vous concernant, notamment les actions des autres internautes qui interagissent avec Facebook.

Donc, cela inclut tout ce qu’ils collectent sur vous sans vous le dire. Tout ce que vous lisez en ligne, tout ce que quelqu’un publie sur vous, toutes vos transactions financières privées.
Puis, vos données sont combinées avec celles de vos amis pour encore plus de précision.

L’article 12 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme stipule :

Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.

La question ici n’est donc plus ce que nous devons cacher, mais de maintenir un droit fondamental à la vie privée, le droit de décider de l’utilisation de nos informations. Or, nous avons renoncé à ces droits pour toujours en utilisant Facebook.

Facebook ne vous permet pas de partager ce que vous voulez.

Même si vous n’avez rien à cacher, vous devriez vous inquiéter du contraire, car Facebook filtre et cache arbitrairement ce que vous souhaitez partager !

Vous avez remarqué qu’il y a un décalage entre ce que vous publiez sur Facebook et le retour que vous en attendiez ? Pour faire simple, Facebook filtre vos messages en fonction du trafic qu’ils vont générer.
Vous êtes convaincus que Facebook est un bon moyen de rester en contact avec vos proches : images, commentaires, etc. tout le monde est là et vous avez une bonne vision de leur quotidien. En réalité, beaucoup de vos messages ne sont jamais vus par qui que ce soit! Et vous loupez beaucoup de choses vous aussi.

Facebook est finalement très peu fiable pour rester en contact. Vous pensez être en contact avec vos proches, mais non. Au mieux, vous êtes en contact avec une version filtrée de vos amis. Vous restez uniquement en relation avec les gens qui publient du contenu ayant de la valeur aux yeux de Facebook.

Quand j’ai arrêté Facebook, il s’est passé un truc étonnant : mes amis et ma famille m’ont téléphoné, envoyé des SMS et des mails. J’avais l’impression de retrouver un vrai lien social.

La censure politique

Facebook bloque des dont le contenu politique ne leur conviennent pas (ex: censures de messages concernant les manifestations de Fergusson, ainsi que d’autres manifestations politiques).

Facebook permet aussi aux organisations politiques de bloquer vos publications. Il suffit de quelques personnes pour signaler une publication et la faire disparaitre de vos flux… et ils en abusent. La censure facile et pas chère. Vous avez d’ailleurs constaté comment ce phénomène a généré des « bulles de confirmation » lors des élections américaines de 2016…

La délation de vos amis

En admettant que vous vous êtes tout de même d’accord avec tout cela, sachez qu’en utilisant Facebook, vous forcez vos amis et votre famille à accepter la même chose ! Même ceux qui n’y sont pas. Même ceux qui se cachent derrière un pseudo.
Avec la synchronisation de vos contacts sur votre téléphone mobile, Facebook a enregistré la liste complète de vos proches : Vrais noms, numéros de téléphone, adresses, e-mails, tout. Avec cela, ils créent des « profils fantômes » de vos contacts qui ne sont pas sur Facebook, avec leur nom, coordonnées, ainsi que leur réseau de connaissances reconstitué à partir du votre. Vous prenez une photo d’eux, et hop, ils sont identifiés et géolocalisés par Facebook.

Ils n’ont rien demandé, certains ont même fait le choix de ne pas être sur Facebook, et pourtant, nous les vendons involontairement ; Facebook fait de nous des balances !

Les « Like » fantomes

Tout comme les « profils fantômes », Facebook prend l’initiative de déduire des like en fonction des informations qu’il a collectées sur vous : ce que vous lisez sur internet, ce que vous faites avec les applications pour lesquelles vous vous êtes connectés avec votre profil Facebook. Cela s’appelle un « Like fantôme ».

Eux, appellent cela une « simple utilisation de techniques statistiques dans des base de données de marketing » : Si vous passez du temps sur un site, ou à vous documenter sur un sujet, Facebook conclue que vous l’aimez et ne se privera pas de publier auprès de vos amis un « like » alors que vous ne l’avez jamais fait. En effet, Facebook donne aux annonceurs le droit de vous utiliser comme un « approbateur », sans être aucunement limité à ce que vous avez véritablement liké.

Vous avez probablement déjà vu des annonces Facebook avec un like de vos amis qui vous a semblé étrange, et en creusant un peu, l’ami en question vous a confirmé qu’il n’avait jamais liké cette page. Ce genre de situation peut aller du cocasse (un ami végétarien qui like la page de McDonald’s) au dramatique (un conjoint qui like des sites de rencontre…), mais la plupart sont encore plus pernicieux car étant plus anecdotiques, ils ne seront jamais repérés, alors qu’ils auront pourtant biaisé l’image que vous présentez à vos amis (politique, convictions, relations sociales, etc…). Vous ne le saurez jamais et vous ne pouvez empêcher Facebook de le faire.

La combo ultime

Maintenant, voyons ce que les dernières CGU de Facebook leur permettent de faire avec tout cela :

Facebook récolte et croise de plus en plus d’informations : ce que vous achetez, vos données bancaires (un partenariat avec Mastercard est déjà en place), votre position en temps réel via le GPS de votre téléphone mobile (via leur application, ou les photos que vous prenez), avec qui vous passez votre temps, vos habitudes. Ils savent qu’au lieu d’être en arrêt maladie vous avez préféré aller au bar avec des potes « Micheline a liké le bar Le Balto à 15h ». Ils savent quand vous allez à l’hôpital et sont en droit de partager cette information avec un assureur ou un employeur. Ils savent quand vous allez passer des entretiens d’embauche en douce et ne se priveront pas de vous faire « liker » des pages de sites de recherche d’emploi. Tant que cette publicité leur permet de gagner un peu d’argent…

C’est sans précédent, et tout comme vous n’auriez jamais imaginé que Facebook vendrait vos « likes fantômes » lorsque vous vous êtes inscrit en 2009, il est bien difficile de prédire ce que Facebook fera d’ici quelques années avec toutes ces données.

Mais en réalité, c’était écrit d’avance car c’est exactement leur business model : Facebook nous vend car c’est comme cela qu’ils gagnent de l’argent.

Que faire ?

En Europe, Facebook est légalement obligé de publier les informations qu’ils détiennent sur nous – mais jusqu’à présent ils ont refusé. De nombreux recours collectif sont déjà en cours.

Concrètement, il n’y a pas beaucoup d’options… Soit vous acceptez tout cela, soit vous quittez le navire. Et il faut bien admettre que le bateau commence à sentir mauvais…

Comment sortir de ce bordel ?

Suite à la décision de justice de la FTC, Facebook est « tenu d’empêcher quiconque d’accéder au contenu d’un utilisateur plus de 30 jours après que l’utilisateur a supprimé son compte ». Il y a plusieurs interprétations possibles : Certains disent qu’il faudrait supprimer chaque publication séparément, d’autres qu’il suffit de supprimer son compte, et certains disent même que tout cela est inutile, qu’ils vont néanmoins conserver vos données, et que le mieux qu’il reste à faire est d’arrêter de leur en donner encore plus.

  1. Utiliser l’outil de Facebook « Créer mon archive »
  2. Récupérer ses photos. Cette application Android permet de le faire de manière exhaustive car Facebook ne permet pas de tout récupérer, et pas en résolution maximale.
  3. Si vous optez pour la solution radicale du grand nettoyage, ce script permet d’effacer toutes vos publications une à une.
  4. Ensuite, il faudrait faire le ménage dans toutes les applications Facebook que vous avez utilisé, mais franchement c’est peine perdue car on sort de la juridiction de Facebook, et chaque appli fait plus ou moins ce qu’elle veut de vos données…
  5. Si vous avez le courage, demander la suppression de vos données qui ont été vendues aux publicitaires.
  6. Supprimer son compte (et pas seulement le désactiver)

Ensuite, il faut empêcher Facebook de continuer à vous fliquer à travers votre « profil fantôme ». Pour cela :

  1. Activer l’option « Ne pas me pister » de votre navigateur (même si les sites les plus malveillants se moquent de cette recommandation)
  2. Installer des bloqueurs de publicité (ex: UBlock Origin) et des bloqueurs de traqueurs (ex: Ghostery ou Badger)

Je considère ceci comme une démarche responsable pour éviter à ma famille, mes amis et moi-même, une perte de liberté et d’éventuelles souffrances relationnelles.

Le monde est rempli de gens qui disent «ça n’arrivera jamais», et quand ça arrive, ils enchainent sur  «on ne peut rien y faire». Internet a été décentralisé pendant 50 ans, et offre de par sa conception de multiples alternatives qui nous permettent de conserver notre vie privée. Nous avons notre mot à dire quant au monde dans lequel nous voulons vivre – et cela passe par des actions personnelles. Il est aussi de notre responsabilité d’aider les autres à comprendre, afin que chacun puisse faire ses propres choix éclairés.

Et après ? Quelle alternative ?

Initialement, j’avais commencé à chercher des alternatives à Facebook, poussé par un besoin de le remplacer par quelque chose de similaire, comme Google+ (qui n’a jamais vraiment décollé) ou Diaspora (décentralisé mais encore trop peu peu convivial à mettre en place).

Ici, mon avis diverge de celui de Salim Virani puisqu’il fait la promotion du téléphone ou des chats privés comme Signal. N’étant personnellement pas fan de téléphone, et préférant les échanges épistolaires, je crois que la meilleure alternative pour prendre des nouvelles reste le mail ou les messageries (SMS, Hangout, etc.)

Je termine sur une note de doute, voire d’hypocrisie, car malgré tout cela, et contrairement à Salim Virani, je ne sais pas si j’aurai le courage de supprimer complètement mon compte Facebook… tiraillé entre tout ce que vous avez lu et mon désir de conserver des souvenirs, juste au cas où…

Le minimum selon moi c’est de verrouiller ma navigation (bloqueurs de pubs et de mouchards), puis d’arrêter d’alimenter Facebook : plus de posts, plus de photos, plus de likes. J’irai peut-être jeter un œil de temps en temps pour voir si j’ai manqué un truc, mais je compte sur mes amis pour me contacter s’il se passait un truc important. En contrepartie, je continuerai de poster sur ce blog ce que j’aurais posté sur Facebook auparavant.

20.100


PS: J’ai condensé et adapté le texte original mais vous pouvez retrouver la traduction intégrale sur le site de Framablog, qui ont eu la même idée que moi ^_^

Memento 2016

2016, annus horribilis ?

Afin de sortir de cette bulle de pessimisme, tentons de contrer les biais de confirmation par une petite liste des choses sympathiques qui me sont arrivées en 2016 :

  • Vu Carpenter Brut et Dead Letter Circus en concert !
  • Fait plein d’escape rooms
  • Donné un super concert sous la houlette de Fabrice
  • Repris le JdR (Cthulu) et fait mes premières parties avec Camille (pas Cthulhu)
  • Engagé une sérieuse remise en question de mon avenir professionnel
  • Couru le Paris Versailles
  • Passé un superbe week-end en amoureux à Beaune
  • Réussi à voir mes potes assez régulièrement malgré la distance
  • Découvert l’escalade
  • Découvert des super trucs en musique : le dernier album de Metallica,  le dernier album de Gojira, Algorithm,
  • Passé des vacances magnifiques
  • Got inked…
  • Participé à l’incroyable BOLERO PROJEKT de Fabien
  • Appris à reconnaître les constellations dans le ciel.

Et si je ne gardais que ça en mémoire ?

La bulle

Il y a quelques années, je vous avais parlé de Eli Pariser, qui a été un des premiers à nous alerter sur le danger des « bulles de filtres » : le fait que les informations qui s’offrent à nous sont aujourd’hui sélectionnées par des algorithmes complexes, qui tendent à conforter nos opinions, nos croyances, tout en excluant les avis contradictoires qui nous auraient permis d’élargir notre perception du monde.
Au final, on ne voit plus que ce qui nous fait plaisir, ce qui nous rassure, dans un cercle vicieux provoquant un dangereux isolement.

Dangereux ? Oui, dangereux… car c’est probablement à cause de cela que personne n’a vu venir l’élection de Trump. Comme l’avait annoncé Michael Moore plusieurs mois avant : «Vous vivez dans une bulle, une grande caisse de résonance capable de vous convaincre, vous et vos amis, que les Américains n’éliront pas un idiot comme président».

Car à la limite, on pourrait se dire que c’est le droit de chacun de vivre dans sa bulle… mais le problème se pose lorsque ce sont les médias et les politiques qui en sont les victimes. Comme le relatait Le Monde Diplomatique : «la plupart des électeurs protestataires résident souvent fort loin des grands centres de pouvoir économique, financier, mais aussi artistique, médiatique, universitaire. New York et San Francisco viennent de plébisciter Mme Hillary Clinton ; Londres s’est prononcé massivement contre le « Brexit » en juin dernier ; il y a deux ans, Paris reconduisait sa municipalité de gauche à l’issue d’un scrutin national triomphal pour la droite». Quelle dissonance !

Plus encore, cette bulle n’est pas un phénomène limité à ce que nous lisons sur internet, elle est aussi économique, sociale, culturelle et géographique. Si vous voulez vous en convaincre, je vous invite à faire ce « test de la bulle » en quelques questions : http://www.slate.fr/story/129419/vivez-vous-bulle#Passerletest

Moralité : sortez de votre zone de confort, confrontez vos certitudes, questionnez vos convictions !

Je vous invite par ailleurs à revoir l’allocution TED Talk de Eli Pariser (2011) :